At the beginning of Self Reliance (1841), an essay about “sovereign autonomy”, Ralph Waldo Emerson emphasized the inevitable gap between thinking and its utterance. Let us be aware of this with regard to the work of Luke James, a great reader of the American philosopher, and let us rather talk about films. In Search of Simplicity (2016) calls to mind the last shots in Kelly Reichardt’s film Meek’s Cutoff (2011): the heroine’s face framed by branches, with an overhead shot over the desert into which “the Indian” vanishes, the only chance of survival of the settlers lost by the short-cut taken by an incompetent guide. The same space-time perusal and sudden tightening of the focus, the same slightly deceptive suspension for anyone who has not taken the time to rummage with their eyes, looking for the viewpoints and counterpoints arranged by the artist, the same scathing laughter in the face of the effects of capitalism, too.

Luke James tackles exhibitions like territories to be conquered, between appropriation strategies and construction/destruction undertakings. By shedding light on the layers, by arranging apertures, loopholes, and openings in the walls and choosing surface materials where you can remove an element (panes of glass, tiles, wooden slats, etc), his installations develop a traverse of the body, the gaze, and the world. In so doing, they paradoxically gain a foothold in space. The artist’s interest in architecture, connected with economics and politics, is based on this idea that our edifices are edifying. And he then proceeds to ad hoc visual parallels between “sovereign autonomy” and load-bearing structures (beams and frames).

In a general way, we are exercised by the attention paid to gestures, objects and materials, by their extraction, and by their combustion. This talks of life and death. For Luke James does not forget to excite the onlooker’s imagination, his appetite for the mythical, even. By giving him a few clues (his photographs), by distilling wit and poetry (his titles involving sound and imagery). It is rough and sensualized at the same time, and, as in Meek’s Cutoff, you will have neither beginning nor end. A cross-section.
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Au début de Self-Reliance (1841), essai sur l’« autonomie souveraine », Ralph Waldo Emerson souligne l’inévitable écart entre la pensée et son énonciation. Prenons-en acte pour le travail de Luke James, grand lecteur du philosophe américain, et parlons plutôt cinéma. In Search of Simplicity (2016) rappelle les derniers plans du film Meek’s Cutoff de Kelly Reichardt (2011) : le visage de l’héroïne encadré par des branches, avant un contre-champ sur le désert où disparaît « l’indien », seule chance de survie des colons perdus par le raccourci d’un passeur incompétent. Même feuilletage spatiotemporel et brusque resserrement de focale, même suspension légèrement déceptive pour qui n’aura pas pris le temps de fouiller du regard, en quête des points de vue et contrepoints ménagés par l’artiste, même rire grinçant face aux effets du capitalisme, aussi.

Luke James s’attaque aux expositions comme à des territoires à conquérir, entre stratégies d’appropriation et entreprises de construction / destruction. En mettant à jour les strates, en ménageant des percées, des meurtrières, des ouvertures dans les cimaises ou en choisissant des matériaux de surface dont on peut ôter un élément (vitres, tomettes, lattes de bois, etc.), ses installations élaborent une traversée du corps, du regard, du monde. Ce faisant, elles ancrent paradoxalement dans l’espace. L’intérêt de l’artiste pour l’architecture, en lien avec économie et politique, repose sur cette idée que nos édifices sont édifiants. Et de procéder aux parallèles plastiques ah hoc entre « autonomie souveraine » et structures porteuses (poutres ou charpentes).

De manière générale, on est saisi par l’attention portée aux gestes, aux objets et matériaux, leur extraction, leur combustion. Ca parle de vie et de mort. Car Luke James n’oublie pas d’exciter l’imaginaire du regardeur, son appétit pour le mythique, même. En lui livrant quelques indices (ses photographies), en distillant humour et poésie (ses titres sonores et imagés). C’est rêche et sensualiste à la fois, et, comme dans Meek’s Cutoff, vous n’aurez ni le début ni la fin. Une coupe.


Marie Cantos

Art critic and curator